L’Europe a dit à l’Égypte qu’elle arrêterait le matériel de répression. La promesse n’était pas un embargo.
Les ministres des affaires étrangères de l’UE ont convenu de suspendre les licences d’exportation pour les équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression intérieure après les violences d’août 2013.

La décision européenne concernant l’Égypte était une suspension des licences, pas une rupture nette dans le commerce de défense.
Le 21 août 2013, après une escalade de la violence politique et alors que les forces de sécurité égyptiennes avaient tué des centaines de personnes lors d’opérations menées au cours de la deuxième semaine d’août, le Conseil des affaires étrangères de l’UE a indiqué que les États membres avaient convenu de suspendre les licences d’exportation vers l’Égypte d’équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression intérieure. Ils ont également convenu de réexaminer les licences pour le matériel militaire couvert par la position commune de l’UE et de revoir l’aide à la sécurité.
La formulation est importante. La mesure ne disait pas que toute exportation militaire vers l’Égypte était interdite. Elle visait les équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression intérieure et exigeait un réexamen plus large des licences militaires. Les conclusions du Conseil, reproduites par ReliefWeb, précisaient aussi que l’aide socio-économique et le soutien à la société civile se poursuivraient. Il s’agissait d’une réponse politique au comportement des forces de sécurité égyptiennes, et non d’une fin générale de la relation de l’UE avec l’Égypte.
SIPRI classe la mesure comme un embargo de l’UE, mais y apporte une précision importante. Le Conseil n’a pas adopté de décision ni de règlement, contrairement à la plupart des mesures restrictives de l’UE sur les exportations d’armes. SIPRI décrit donc l’embargo partiel comme un engagement politique plutôt que comme un acte juridiquement contraignant de l’UE. Les États membres se sont entendus sur une ligne de conduite. Ils n’ont pas créé un instrument d’octroi de licences directement exécutoire qui tranchait toutes les décisions nationales.
Le Conseil n’a pas non plus fixé de limite dans le temps et n’a défini ni la « suspension » ni les « équipements susceptibles d’être utilisés à des fins de répression intérieure ». La frontière pratique est donc restée entre les mains des autorités nationales de délivrance des licences. SIPRI indique que cette catégorie pouvait inclure des armes légères et des véhicules blindés du type utilisé par les forces de sécurité égyptiennes pendant les violences d’août, mais qu’elle pouvait aussi aller au-delà de la liste militaire commune de l’UE. Il s’agit d’exemples de portée possible, et non d’une liste définitive des équipements concernés.
La décision s’inscrivait dans une chronologie politique précise. Le Conseil a estimé que les opérations des forces de sécurité égyptiennes avaient été disproportionnées et avaient provoqué un nombre inacceptable de morts et de blessés. Il a appelé à la retenue, à une enquête indépendante et à un retour à un processus politique inclusif. La décision sur les exportations allait de pair avec ces exigences. C’était un instrument de pression politique, et non une constatation selon laquelle chaque besoin de défense de l’Égypte serait devenu illégal.
Le dossier ultérieur résiste aussi à une lecture simple d’une interdiction totale et continue. SIPRI indique que les conclusions ont été réaffirmées le 10 février 2014, n’ont pas été formellement modifiées ni abrogées et n’avaient pas de date de fin arrêtée. Il précise aussi qu’à partir de 2014 plusieurs États membres de l’UE ont livré à l’Égypte des quantités importantes d’armes lourdes et légères et ont signé des contrats pour d’autres livraisons. Cela n’efface pas l’engagement de 2013. Cela montre que son statut et son application sont devenus de plus en plus flous.
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