Les missiles russes embarquaient des puces occidentales. Les sanctions ne les avaient pas tenues à l’écart.
Le RUSI a examiné 27 systèmes militaires russes et a identifié des centaines de composants fabriqués à l’étranger, y compris des pièces soumises à des contrôles à l’exportation. Moscou a poursuivi la substitution et les achats clandestins après 2022, mais les éléments réunis soutiennent une dépendance contestée, et non une rupture technologique totale.

Les armes russes pouvaient être conçues et assemblées dans le pays tout en dépendant d’électronique fabriquée ailleurs. Le RUSI a constaté cette contradiction au sein même des systèmes.
Son rapport d’août 2022, *Silicon Lifeline: Western Electronics at the Heart of Russia’s War Machine*, a examiné 27 systèmes militaires modernes russes, dont des missiles de croisière, des équipements de communication et des complexes de guerre électronique. Les chercheurs ont inspecté du matériel capturé ou tiré en Ukraine après février 2022, ont rapproché les marquages et numéros de série des composants des fabricants et ont comparé les résultats avec des dossiers commerciaux et d’entreprise.
Le rapport a identifié au moins 450 types différents de composants fabriqués à l’étranger dans les 27 systèmes, selon le rapport du RUSI et ses documents de synthèse. Le résumé exécutif indique qu’au moins 80 types étaient soumis aux contrôles à l’exportation américains. Les composants provenaient d’un large éventail de pays producteurs de technologies, dont les États-Unis, le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne.
Il s’agit d’un élément de preuve plus solide qu’une affirmation fondée sur le matériel promotionnel d’un fournisseur. Les équipes du RUSI ont procédé à une inspection physique d’un échantillon significatif d’équipements et ont vérifié les informations sur les composants à l’aide des registres des fabricants et de sources ouvertes. Le rapport précise également que certaines pièces n’ont pas pu être identifiées avec certitude et que les composants contrefaits constituent un problème mondial. Il a considéré la plupart des pièces identifiées comme authentiques, tout en reconnaissant qu’un examen plus poussé pourrait renforcer la certitude.
Les éléments de preuve concernaient des armes précises. Reuters, dans son compte rendu de la collaboration avec le RUSI, a indiqué qu’un missile de croisière russe Iskander 9M727 contenait des processeurs de signal numérique, des modules de mémoire et d’autres composants étrangers. Les chercheurs ont trouvé 31 composants étrangers dans un missile de croisière Kh-101. Le rapport a identifié des pièces fabriquées aux États-Unis par des entreprises telles que Texas Instruments, Advanced Micro Devices et Cypress Semiconductor, ainsi que du câblage associé à des sociétés américaines, néerlandaises et allemandes.
Cette conclusion ne signifie pas que ces sociétés aient sciemment fourni des clients militaires russes. Le RUSI a explicitement indiqué que l’identification d’un fabricant dans une arme ne constituait pas, à elle seule, une allégation d’acte répréhensible ou de contournement des sanctions. Reuters a rapporté que les entreprises citées ont déclaré respecter les sanctions commerciales et avoir cessé de vendre des composants à la Russie. Beaucoup de pièces étaient des composants électroniques commerciaux ordinaires qui étaient largement disponibles avant l’invasion.
Cette disponibilité explique comment une chaîne d’approvisionnement militaire peut devenir dépendante sans en avoir l’apparence. Un composant conçu pour un produit grand public peut néanmoins remplir une fonction critique dans un missile, une radio ou une unité de navigation. Avant le durcissement des contrôles à l’exportation, il pouvait circuler par les canaux commerciaux ordinaires. Ensuite, cette même omniprésence pouvait faciliter le détournement, mais elle ne rendait pas l’approvisionnement licite simple pour autant.
Le RUSI a identifié des composants classés à double usage et soumis aux contrôles à l’exportation américains. Son rapport conclut que l’approvisionnement militaire russe avait, au fil des décennies, utilisé des microélectroniques étrangères et développé des réseaux pour s’en procurer. Après les nouvelles sanctions et les contrôles renforcés, la Russie a cherché à substituer les importations. Le rapport a jugé cette approche non viable dans les cas étudiés et a décrit des plateformes de transbordement dans des pays tiers, des sociétés écrans et d’autres circuits d’approvisionnement clandestins.
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