La voie européenne d’approvisionnement en armes vers la Russie a été fermée avant l’invasion de 2022
Les mesures de l’UE de juillet 2014 interdisaient les armes, les services militaires et certains transferts à double usage. Le régime a été élargi après l’invasion à grande échelle.

La Russie n’avait pas besoin de perdre tous ses fournisseurs pour que ses circuits d’approvisionnement se resserrent. Le 31 juillet 2014, l’Union européenne a fermé les canaux autorisés pour les armes et certains intrants à usage militaire, puis a élargi le régime après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
SIPRI recense le premier train de mesures sous la forme de la décision 2014/512/PESC du Conseil et du règlement (UE) n° 833/2014 du Conseil. Les mesures interdisaient aux ressortissants et entités de l’UE, ainsi qu’aux activités menées depuis le territoire de l’UE, de fournir des armes et des services liés au militaire à la Russie. Elles couvraient aussi les biens à double usage lorsqu’ils étaient destinés à un usage militaire ou à un utilisateur final militaire. La restriction ne se limitait pas à une arme fabriquée physiquement en Europe.
Le règlement de l’UE montre à quel point la transaction pouvait être large. Il interdisait la vente, la fourniture, le transfert ou l’exportation, directs ou indirects, de certains biens et technologies à double usage vers la Russie ou pour une utilisation en Russie lorsque l’usage militaire ou un utilisateur final militaire étaient en cause. Il traitait aussi du courtage et des services financiers et techniques connexes. SIPRI recense des interdictions de participation au transport et au financement, ainsi que des exportations destinées à être réexportées depuis la Russie vers un pays tiers.
C’est important parce que les achats de défense forment une chaîne. Un acheteur peut avoir besoin d’un composant, d’un courtier, d’un transporteur, d’une assurance, d’un crédit et d’un soutien technique. Supprimer la voie juridique pour un maillon peut compliquer l’ensemble de la transaction, même lorsque l’objet fini n’est pas saisi. Les mesures de l’UE ont donc dépassé la simple vitrine pour toucher les services qui rendent l’approvisionnement possible.
Le régime initial n’était pas absolu au sens où il n’existait aucune exception. SIPRI relève que les contrats ou accords conclus avant le 1er août 2014 pouvaient être exemptés de certaines interdictions. Le règlement autorisait les autorités compétentes à approuver certaines exportations liées à des obligations découlant de contrats préexistants. Cette précision n’est pas une faille à ignorer. Elle fait partie de ce que disait la loi et empêche d’affirmer à tort que toute transaction a cessé le 31 juillet.
Les mesures restreignaient aussi l’importation, l’achat et le transport d’armes en provenance de Russie, sous réserve de l’exception liée aux contrats préexistants et de certaines exceptions spécifiées liées à la maintenance. Les règles de 2014 fonctionnaient donc dans les deux sens. Les acteurs de l’UE étaient limités dans leurs livraisons à la Russie, et le marché de l’UE était limité dans ses achats d’armes à la Russie.
Le champ juridique s’est élargi en février 2022. SIPRI indique que les 23 et 25 février, les restrictions ont été modifiées afin d’interdire la vente, la fourniture, le transfert ou l’exportation, directs ou indirects, de biens et de technologies susceptibles de contribuer au renforcement militaire et technologique de la Russie ou au développement de son secteur de la défense et de la sécurité. Cet élargissement ultérieur ne doit pas être présenté comme s’il figurait déjà dans le texte initial de 2014.
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